AFP - La Thaïlande et le Cambodge ont brusquement plongé dans la crise diplomatique, en rappelant leurs ambassadeurs respectifs suite à la nomination de l'ex-Premier ministre thaïlandais en exil, Thaksin Shinawatra, conseiller du gouvernement cambodgien.
L'homme d'affaires, adulé par une partie de la Thaïlande et détesté par une autre, a été nommé mercredi par décret royal conseiller économique du gouvernement cambodgien et conseiller personnel du Premier ministre Hun Sen.
Après une première réaction plutôt apaisante mercredi soir, la Thaïlande a réagi avec vigueur, enfonçant les relations bilatérales un peu plus profondément dans une crise déclenchée l'an passé par un conflit territorial.
"Nous avons rappelé notre ambassadeur comme première mesure de rétorsion pour informer le gouvernement cambodgien de l'insatisfaction du peuple thaïlandais", a indiqué aux journalistes le Premier ministre Abhisit Vejjajiva.
La décision de Phnom Penh "a fait du tort au système judiciaire thaïlandais et touché les sentiments du peuple thaïlandais", a-t-il ajouté, en précisant toutefois que les frontières ne seraient pas fermées.
L'ambassadeur de Thaïlande, Prasas Prasasvinitchai, devait quitter la capitale cambodgienne dans la soirée. Phnom Penh a répondu du tac au tac en rappelant son ambassadeur à Bangkok.
Mme You Ay ne reprendra ses fonctions que lorsque son homologue fera de même, a indiqué le vice-Premier ministre cambodgien Sok An au cours d'une conférence de presse, évoquant une mesure "temporaire".
Familier de déclarations fracassantes, Hun Sen avait récemment rappelé sa proximité avec Thaksin, qui avait été renversé par un coup d'Etat il y a trois ans. En marge d'un récent sommet asiatique, il avait même osé la comparaison entre son "éternel ami" et l'opposante birmane assignée à résidence, Aung San Suu Kyi.
"Beaucoup de gens parlent d'Aung San Suu Kyi en Birmanie, pourquoi ne pas parler de Thaksin ?", avait-il affirmé. "Des millions de Thaïlandais, les chemises rouges, soutiennent Thaksin. Pourquoi ne pourrais-je le soutenir en tant qu'ami ?".
Depuis le début de cette polémique il y a deux semaines, la Thaïlande a rappelé qu'une convention d'extradition liait les deux pays et qu'elle entendait la faire valoir pour obtenir l'arrestation de son ancien Premier ministre, qui reste omniprésent dans la politique thaïlandaise malgré son exil.
Mais Phnom Penh rétorque que ce texte ne s'applique pas dès lors que la peine infligée à Thaksin est, selon elle, "politiquement motivée". Thaksin a été condamné à deux ans de prison pour corruption.
Cette querelle de mots devenue crise diplomatique s'ajoute à un conflit territorial hérité de l'époque coloniale qui couve autour du temple de Preh Vihear, situé sur la frontière entre les deux pays, depuis juillet 2008.
Les tensions, qui ont donné lieu à des escarmouches entre militaires, ont éclaté lorsque ce temple du XIe siècle a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco.
L'édifice relève de la souveraineté du Cambodge, selon une décision de la Cour internationale de justice de La Haye en 1962. Mais les Thaïlandais contrôlent les principaux accès aux ruines et de nombreux secteurs n'ont pas été délimités.
Thaksin, qui passe le plus clair de son temps à Dubaï selon ses proches, a remercié Hun Sen jeudi en évoquant l'"honneur" de recevoir sa nomination signée par le roi du Cambodge, Sihamoni.
"Mais ce sera moins drôle que de travailler à sortir les Thaïlandais de la pauvreté", a-t-il estimé sur le site de micro-blogs Twitter.


